8th Wonderland

Nicolas Alberny et Jean Mach





Fiche technique et bande annonce.

La récente déconvenue de Christine Boutin et ses 17 500 euros mensuels (9500 pour un travail sur la mondialisation + 6000 de retraite de députée + 2000 de conseillère générale des Yvelines), le très vaste appartement d'Hervé Gaymard (600 m2 pour un loyer de 14 400 euros payés par l'Etat), l'appartement de 190 m2 à un loyer très inférieur au marché de Jean-Paul Bolufer (ancien directeur de cabinet de Boutin), les indemnités (c'est-à-dire les salaires) insupportablement élevées des parlementaires, l'arrogance de certains professionnels de la politique qui se servent de la République plutôt qu'ils ne la servent, la liste est longue, très longue, des privilèges indécents dont l'État récompense ses meilleurs piliers. On pourrait désigner ce copinage général comme de la corruption si on ne craignait pas l'accusation irritée de poujadisme de la part de ceux et celles qui préfèrent crier haut et fort leur vertu plutôt que la prouver.

Contre ce constat aussi vieux qu'existe la passion du pouvoir, que faire ? 8th Wonderland, film de Nicolas Alberny et Jean Mach, propose une union active des individus par delà leurs pays d'origine, via un site internet à l'accès réservé qui constitue le premier pays virtuel. Grâce à une interface de discussion très ingénieuse, on y discute beaucoup, on y débat, on y vote des motions qui sont ensuite appliquées, et le groupe international commence par quelques actions subversives spectaculaires. Le succès est rapide et 8th Wonderland se hisse au rang d'énigme politique pour le pouvoir et les médias. Mais un besoin d'action plus physique, plus directe, se fait rapidement jour. Contre un monde pourri, le militantisme spectacle a prouvé son inefficacité en se contentant de faire la Une des journaux : il incombe aux habitants de 8th Wonderland de franchir le pas d'actions plus décisives comme l'action violente. De pacifiste et écologique au début, les actions se font donc plus musclées, la popularité grandit, et le vertige de la renommée semble sans limite. Le rythme intrépide emporte le spectateur qui n'échappe pas à l'ambiguïté du projet : fasciné par le projet humaniste de 8th Wonderland mais effrayé par l'emballement qui mène à des méthodes terrifiantes de ce qui est devenu une réelle puissance politique et financière. Le pouvoir politique panique face à un ennemi insaisissable ("comment arrêter un pays qui n'existe pas ?") et s'abandonne à la manipulation de l'opinion, prêt au pire pour discréditer la huitième merveille du monde.

Entre l'excellent V for Vendetta et l'étonnant The Weathermen Underground, le passionnant 8th Wonderland renouvelle le genre en posant la question de la validité de l'action de terrain. Jusqu'où aller ? Peut-on se contenter d'un militantisme confortable et peu efficace (articles, livres, conférences, manifestations, grèves) auquel n'a pas recours 8th Wonderland ? Est-il légitime, pour un humaniste, de voter le placement d'une bombe ou l'assassinat d'un président latino-américain corrompu ?

Parmi les crapules combattues par 8th Wonderland, les religions figurent naturellement en bonne place :
- installation au Vatican, par les citoyens de 8th Wonderland, de distributeurs de préservatifs avec goût "hostie" ;
- vente d'une "Bible Darwin" sur l'évolution de Dieu ;
- torpillage d'un accord dangereux entre la Russie et un pays musulman par une interprète de 8th Wonderland qui détourne les échanges : l'épouse en niqab du président musulman est qualifiée de "sac poubelle" (voir photo) ;
- intransigeance de l'Eglise catholique sur les questions de sexualité (voir photo).

Et pour entretenir l'illusion ou concrétiser le projet, le site http://8thwonderland.com permet de s'imaginer entrer dans ce monde. A chacun, à tous, d'aller plus loin et d'inventer d'autres pratiques militantes qui s'affranchiront de l'autoritarisme et la corruption, cancers de l'action politique et associative.


17 juin 2010