Les prêtres caricaturés par les peintres de Barbizon




Dans la première moitié du XIXe siècle, des peintres se lassent des conventions de représentation où on ne place sur la toile que les puissants, une nature très propre et ordonnée, des paysages antiques ou mythologiques, et des fables chrétiennes. On fuit alors Paris pour se réfugier dans la forêt de Fontainebleau; on y goûte la quiétude des sous-bois, la lumière des clairières, la rusticité des blocs de grès. C'est le village de Barbizon, situé en bordure ouest de la forêt de Fontainebleau, qui devient le centre du nouveau mouvement. Parmi ceux qui feront sa célébrité, Jean-François Millet s'y établit et réalise l'Angélus et les Glaneuses. De 1830 à 1875, de très nombreux peintres vont fréquenter Barbizon, ce n'est pas encore l'impressionnisme mais ce n'est déjà plus la peinture officielle. Dans les années qui suivent, un mouvement similaire de peintres paysagistes s'observera à Cernay en vallée de Chevreuse (Yvelines) où, à la suite de Léon-Germain Pelouse, on peindra les lacs, les arbres, les forêts. A Barbizon comme à Cernay, les peintres animent la campagne par une vie joyeuse et bruyante dans les auberges. On y dort, mange, boit, chante, avec la plus grande liberté, et Robert Louis Stevenson en rapporte l'ambiance dans Forest notes.

Comme la fortune ne sourit pas toujours et, rarement, tout de suite, les peintres hébergés à l'auberge Ganne de Barbizon, quand celle-ci ne fait pas crédit, paient en tableaux ou décorent les lieux. L'auberge Ganne se visite grâce à une belle restauration et les diverses salles, au rez-de-chaussée comme à l'étage, montrent encore les traces murales du séjour des peintres. Parmi les ébauches ou les réelles œuvres laissées sur les murs, les portes ou les meubles, le visiteur peut découvrir plusieurs caricatures de prêtres :
- au rez-de chaussée, un tableau de Michel Marius montre deux curés sur le chemin de la messe : l'un, du côté du village (le curé du village), est grand et maigre, et l'autre, qui marche du côté du château (le curé du château), est petit et gros, beaucoup mieux nourri que son collègue du village ;
- à l'étage, face à face sur un mur, l'un est maigre, austère, le nez démesurément long, tandis que l'autre est gras, avec le visage rond du goinfre ;
- sur un panneau de bois, un curé (ou un évêque ?) montre lui aussi un nez proéminent.


4 juin 2010


Tableau de Michel Marius