L'art d'aller à confesse
à l'église Nuestra Señora del Pilar de Buenos Aires
A Buenos Aires, dans le quartier de Recoleta, l'église du Pilar (1732) est un exemple typique de l'architecture coloniale religieuse. Le nom du quartier provient de l'implantation, au 18e siècle, d'un monastère par des religieux français, les Recollets. La foi est encore vivace en Argentine et comme tout croyant est un pêcheur né (cf. la faute originelle commise par Eve qui salit tout individu dès sa naissance), la confession s'impose comme lavement mais c'est un confessionnal d'un style bien particulier qui accueille les pêcheurs à l'église du Pilar.
Dans les confessionnaux de France et d'ailleurs, le prêtre et le fidèle sont assis dans des isoloirs séparés par une cloison ajourée; ils se parlent au travers d'une grille afin d'assurer la confidentialité de l'entretien. A l'église du Pilier (pilar = pilier), la confession est moins discrète. Deux confessionnaux sont à la disposition des pêcheurs, près de l'entrée de l'église, et la structure de l'objet contraste fortement avec le modèle précédent (voir ci-dessous, à gauche, la photographie du confessionnal de Notre Dame du Pilier et, à droite pour comparaison, celle d'un confessionnal de l'église de Thann, en Alsace). Dans la version argentine, le prêtre est assis face à l'extérieur et, devant lui, sont disposés un accoudoir (n° 1 sur la photo) et un repose-genoux (n° 2). L'usage de ces deux parties n'est pas réservé au prêtre mais au pêcheur, ou à la pécheresse, afin de jouir de plus de confort face au curé. La scène que l'auteur de ces lignes a pu observer est donc aisée à se représenter : un curé, vieux et poussif, est affalé sur son siège, les jambes pudiquement recouvertes par une robe blanche, et devant lui, à quelques centimètres de ses genoux, une jeune femme accablée par un sentiment de culpabilité se présente avec humilité, agenouillée, la tête légèrement inclinée, le regard posé où il peut l'être, les bras appuyés sur l'accoudoir, les mains dirigées vers le saint homme.
Le confessionnal de l'église du Pilar avec l'accoudoir (1) et le repose-genoux (2).
Un confessionnal à la Collégiale de Thann (source : )
En complément sur l'église Notre Dame du Pilier :
- 12 octobre 2003 : action dans l'église pour dénoncer l'évangélisation des peuples d'Amérique par l'Eglise catholique : , photos ( et ) et où la Bible est jetée sur l'autel;
- 19 décembre 2004 : rassemblement devant l'église pendant une messe ("escrache", un terme qui est habituellement utilisé pour les rassemblements devant le domicile d'anciens acteurs de la dictature) contre la censure qui a frappé l'artiste León Ferrari pour atteinte aux sentiments religieux (photos et , dont la pancarte : ). Dans l'exposition interdite, León Ferrari développe une critique de l'idée de "punir celui qui est différent", idée consubstantielle au christianisme.
Le de l'artiste présente quelques photos de l'exposition ainsi que la couverture de presse.