Compte rendu du voyage du pape à Lourdes : entre dolorisme et attaques contre la laïcité
L'Assiette au beurre et Lourdes, 10 septembre 1904
Il est venu, il a vaguement vu mais c'est la maladie qui l'a vaincu. Dans
une exhibition doloriste et masochiste, le pape a montré l'Eglise catholique
dans ce qu'elle affectionne le plus pour endormir les consciences :
l'apologie de la douleur, la beauté de la souffrance. Deux mille ans après
son invention, le christianisme n'a plus qu'un pitoyable spectacle morbide
et racoleur à offrir à la foule des crédules. Du début à la fin de son
pèlerinage, le pape a été sans cesse accompagné par les représentants du
gouvernement, à défaut d'une présence divine. Accueilli à sa descente
d'avion par Jacques Chirac et madame (sans hidjab !), escorté par Dominique
de Villepin et ses collègues, il a été, pour son retour à Rome, raccompagné
à l'aéroport par le ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy. La famille
de l'ancien maire de Lourdes est aussi l'actionnaire principal de la société
qui commercialise les cierges lourdais... Un pélerinage privé et entre amis.
Que le pape porte seul sa croix ne saurait gêner quiconque. Par contre, il est inadmissible que Jacques Chirac soit à ses
côtés pour le qualifier d'"homme de paix" (les bosniaques violées et
interdites d'avortement et les victimes du génocide rwandais apprécieront)
et estimer, dans une cécité pathologique, que le dernier dictateur d'Europe
a pour idéal "une humanité unie autour des valeurs universelles". Le Vatican
se moque des "valeurs universelles" sur lesquelles sont fondées la
démocratie, la liberté d'expression, les droits humains et l'égalité entre
hommes et femmes, pour leur préférer le dogmatisme mystique. Le président de
la République aurait été bien inspiré de s'en souvenir au lieu d'imaginer
dans le pape un artisan du respect de la diversité des cultures (le
colonialisme chrétien a détruit d'innombrables cultures indigènes pour les
soumettre à la croix). Après que Jacques Chirac se soit quelque peu égaré
dans ses louanges, le pape n'a pas manqué de pratiquer une récupération
adroite de la devise républicaine. C'est sans se mordre la langue qu'il a
présenté l'Eglise catholique comme un facteur de liberté (la liberté imposée
de croire en un seul dieu), d'égalité (même pour les femmes ?) et de
fraternité (les croyants sont en fait tous relégués au rang de serviteurs
pour œuvrer à la gloire de l'Eglise). Il est remarquable que c'est toujours
avec un retard de plusieurs siècles que
l'Eglise revendique la paternité des progrès de l'humanité acquis contre sa
volonté...
Mais le plus agressif des discours papaux a été prononcé lors de l'homélie
du dimanche matin. Karol Wojtyla a souligné "la mission particulière qui
revient à la femme, à notre époque tentée par le matérialisme et par la
sécularisation" : la femme se voit donc confiée la charge de combattre le
progrès. L'opposant fanatique à l'avortement et à l'euthanasie n'a pas
manqué de ressasser son rejet catégorique de toute forme de contrôle des
naissances par un appel afin "que la vie, toute vie, soit respectée depuis
la conception jusqu'à son terme naturel". Le pape ne dévie pas d'un pouce de
la ligne oppressive de la secte catholique. Culpabiliser les plaisirs et
obliger à une procréation très chrétienne, tel est le leitmotiv d'une
organisation qui soutient les commandos anti-avortement.
Le voyage à Lourdes a été présenté comme un simple pèlerinage privé,
comprendre une petit escapade modeste en Bigorre. La réalité est plus
édifiante : une véritable bulle de 20 kilomètres a été constituée par
l'armée française afin de prévenir toute intrusion dans l'espace aérien et
des missiles crotales veillent au grain. Jean Paul II délaisse la protection
divine, qui normalement devrait suffire, pour lui préférer un missile à nom
de serpent... Y'aura-t-il aussi des pommes au menu ? De plus, 3200 gendarmes
et policiers ont été mobilisés pour protéger ce monument lucratif de la
crédulité humaine. Comme tout est bon pour combattre la laïcité, à la veille
du pèlerinage, le cardinal Ratzinger, éminence grise du Vatican, n'a pas
hésité à accuser le "laïcisme acharné" d'être responsable du fondamentalisme
religieux (Le Figaro 13 août 2004) ! Il a ainsi presque excusé le fascisme musulman poseur de bombes
qui ne serait qu'une réaction logique à ces laïques responsables de "la
perte du sens du surnaturel". Ratzinger et Al Qaeda, même combat. Et
Ratzinger, qui n'en est pas à une tromperie près, ose, comme de nombreux
musulmans, en appeler à la raison pour le renouveau de la religion, sa
religion naturellement. Le Vatican ne sait plus quelle insulte et quel
retournement des valeurs inventer pour renflouer un bateau qui prend l'eau
de toutes parts en Europe. La fermeture d'un monastère autrichien spécialisé
dans la pédophilie est un exemple récent de la perversité d'une institution
que son dieu a privé de miracle depuis des lustres.