A Alep, Imane est parvenue à construire une vie familiale heureuse où les rires des enfants, les fleurs et les odeurs délicieuses sont enveloppés des mélodies envoûtantes d'Oum Kalsoum. Imane a la passion du chant et de la diva égyptienne, une passion à laquelle contribue un mari travailleur, bon et généreux. Mais le cercle familial le plus immédiat n'est pas tout l'univers d'une société embourbée dans le machisme musulman. Selon qu'Imane est chez elle ou à l'extérieur, dans la rue ou chez ses parents, c'est l'incessant ajustement ou enlèvement du foulard selon la proximité familiale des hommes rencontrés, paranoïa d'une société perdue par un puritanisme obsessionnel. On suit Imane, on l'épie et on la condamne.
L'oncle, le père, le frère, les cousins, des culs bénits qui exècrent toute déviation par rapport à la religion, tous jugent éminemment suspecte la pratique du chant par une femme. Chanter pour le simple plaisir de libérer une voix emplie d'émotion et encagée par le conservatisme religieux et remplir sa maison de bonheur leur est insupportable. Pour ces mâles formatés par le Coran, le déshonneur est jeté sur la famille et une seule issue apparaît : la mort de l'infidèle. Car, selon eux, chanter ne peut que trahir l'adultère. Deux conceptions de l'existence s'affrontent : l'une immuable, pathologique, figée dans le passé et qui abhorre toute forme de plaisir et de distraction, et l'autre qui ne conçoit pas la vie comme un châtiment mais une œuvre à rendre belle, une œuvre pour laquelle, aussi, il est légitime de se battre en vue de son amélioration (la démocratie).
Imane doit mourir et elle mourra sous le couteau de son frère. L'assassin, dans sa pulsion d'éradication du mal, attaque avec la même haine de la vie la caméra qui le filme et tombe à terre. Par ce procédé judicieux, l'œuvre cinématographique s'extrait de la fiction et s'inscrit dans le réel, le réel d'un machisme musulman criminel. La caméra échouée sur le sol et l'image oblique qu'elle délivre rappellent que le film n'est pas une fiction mais l'illustration d'un drame survenu en 2001 en Syrie où une femme passionnée par le chant et Oum Kalsoum fut assassinée par son frère, son oncle et deux cousins. Ce qui ne se traduisit que par un simple entrefilet dans la presse.
Mohamed Malas réalise un film remarquable, somptueux et unique par sa sobriété, sa force dramatique et la beauté des voix et des esprits contre un machisme sinistre et oppresseur. Sorti en France le 10 août 2005 et à ne pas manquer.