La liberté est fugace, provisoire, fragile mais toujours dépendante du bon vouloir d'autrui. Fuir l'asphyxie imposée par la théocratie iranienne pour aspirer le parfum de la vie en Europe, beaucoup essaient, tous sont blessés mais seuls certains y parviennent. "Pour un instant la liberté", au delà de la fuite du régime de mollahs malades, est une magnifique galerie de portraits de fugitifs iraniens où se côtoient des hommes comme des femmes, des enfants, de jeunes hommes et des plus âgés, des intellectuels et d'autres aux professions non précisées. Tous veulent happer cette liberté qui décharge le fardeau de ce voile noir infâme, qui permet d'aller et de venir sans restriction, et grâce à laquelle on peut travailler, aimer, en un mot : vivre.
La Turquie est la porte d'entrée de l'Europe et les réfugiés y goûtent un premier souffle de liberté. C'est un périple incertain, périlleux, éprouvant, où les fugitifs sont à la merci de passeurs incertains, d'un hôtelier pourri (soutien pervers mais vrai indicateur de la police), d'un fabricant de faux papiers, d'un marchand de sommeil qui les exploite : l'injustice et la misère font le lit des profiteurs. Les attentes interminables devant les bureaux de l'ONU à Ankara, la crainte de la police turque comme les tortures des services secrets iraniens (tolérés par la Turquie) font de cette ébauche de liberté une réelle épée de Damoclès.
Cependant, dans l'exil, le poids de la religion n'est plus là : le voile est rejeté, on y découvre des iraniens non croyants, plaisantant même sur l'islam, rêvant d'une autre société, sans religion. L'une, pourtant, continue à prier, bien qu'elle ne croie plus vraiment, avec une prudence pascalienne : on ne sait jamais, au cas où "Dieu", finalement aurait quelque existence, avec les récompenses et punitions divines qui accompagnent le mythe... La liberté c'est aussi l'amour : le mari peut enfin embrasser sa femme en public, les garçons s'émerveillent devant les filles dans la rue, et se plaire n'est plus un fruit défendu. Bien sûr, la route jusqu'à l'Autriche sera interminable pour rendre des enfants à leurs parents déjà passés dans l'au-delà de l'islam, le véritable au-delà. Tous ne parviennent pas à cet eldorado : le peloton d'exécution accueillera les perdants au retour en Iran.
"Pour un instant la liberté" est un film indispensable pour les multiples aspects traités dont le principal, la situation de réfugiés sans papiers fuyant l'oppression islamique, des hommes et des femmes exploités, apeurés, perdus. L'émotion qui en émane ne procède pas d'un misérabilisme gris mais d'un très intelligent équilibre entre des trajectoires variées, des personnalités distinctes, des humeurs parfois opposées, qui, toutes, convergent vers l'aspiration à la liberté. Le rire et la légèreté des enfants n'atténuent pas, pour le spectateur, le désespoir infini d'un père; l'humour et la débrouillardise d'un jeune kurde répondent au sérieux (ou au réalisme) d'un vieil homme intègre que les circonstances en font son compère. Quiconque n'est pas familier avec cette région du monde découvre avec surprise que le trait d'union (au sens fort du mot union) entre le turc, le kurde et le persan (farsi) s'avère être l'anglais. Des amitiés imprévues se nouent par la nécessité vitale de supporter le présent, et pour faire que le drame, consubstantiel à la condition des réfugiés, puisse, parfois, être fissuré par quelques éclats de lumière.