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Quand le monde est sourd aux appels de détresse, que les valeurs de progrès ploient devant l'oppression et l'obscurantisme, et que ceux qui devraient crier persistent à se taire, que reste-t-il à une algérienne féministe et laïque pour, enfin, alerter la société française contre le danger islamiste ? Wassyla Tamzali a donc décidé d'écrire. Ecrire une longue lettre, une douloureuse missive, pour s'interdire le désespoir quand la femme en colère observe le mutisme, voire la complicité, de ses contemporains, ceux et celles dont elle a partagé les luttes émancipatrices depuis l'indépendance de l'Algérie. Ces égarés ont pour nom féministes relativistes, partisans du voile à l'école, Monde Diplomatique, MRAP, Indigènes de la République, etc.
En préambule, l'auteure s'assigne la tâche ardue de se définir soi-même, afin de déjouer le piège de la classification tendu par le colonialisme : elle est l' "innommée", "arabe" ? non, algérienne plutôt mais avec une mère espagnole, une jeunesse marxisante, et aujourd'hui résolument laïque et libre penseuse. Un constat douloureux s'installe ensuite : machisme dans la rue arabe, sexisme toléré en France lorsqu'il vient d'ailleurs, silence des musulmans face au trafic de petites filles de Mauritanie vers l'Arabie Saoudite, révolutionnaires algériens peu sensibles au féminisme, exécration de la diversité culturelle au prétexte de la pudeur sur une plage des environs d'Alger ou dans un train en Tunisie, etc. La litanie insupportable est pourtant inaudible aux oreilles de ces "intellectuels occidentaux, qui nous ont appris les droits de l'homme et l'universalité, [et qui] sont de plus en plus incapables de les penser au-delà de l'Europe." Et en rappelant le spectaculaire dévoilement des Algériennes en 1962 ou des Egyptiennes en 1929, l'auteure mesure le chemin parcouru, en arrière cette fois, à Alger, au Caire, à Paris.
L'excellent ouvrage de Wassyla Tamzali est à lire, à crier, à hurler à la face de tous ceux et celles, qui, toute honte bue, persistent à présenter le torchon islamique comme un simple élément spirituel, culturel, un attribut vestimentaire comme un autre : "en arabe algérien, pour dire qu'une femme ne porte pas le voile, on dit qu'elle est nue."
12 mars 2010
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