Le courageux témoignage d'une jeune femme
Débat « Les femmes et la laïcité », 15/12/03, à Trappes
Invitée : Michèle Tribalat, auteure de « La République et lislam » (Gallimard)
"Il y a un an, je témoignais dans cette salle, sur lembrigadement de deux jeunes adolescents de ma famille paternelle (mon père étant tunisien et musulman) dans la mouvance islamiste ; des jeunes devenus sectaires, extrémistes, qui refusent tout dialogue avec tous ceux quils considèrent comme des « koufars », cest-à-dire des mécréants. Lannée dernière, jévoquais aussi, en tant quancienne élève du Lycée de Trappes il y a 20 ans, mon attachement à lécole laïque, à laquelle je dois mon émancipation sociale et culturelle et la liberté philosophique davoir dautres valeurs que la religion.
Aujourdhui, je voudrais saluer tout le chemin parcouru en 1 an, grâce aux associations laïques (qui militent pour que lécole reste à labri des pressions politico-religieuses, et garde sa mission dintégration), grâce à la Marche courageuse des Ni putes Ni soumises, grâce à la voix des Maghrébins laïques de France, grâce à tous ces citoyens et citoyennes français qui ont fait prendre conscience aux Politiques de la gravité de la situation et de lurgence à rappeler fermement que les lois de la République sont les mêmes pour tous, et que nous vivons dans un pays démocratique et laïque qui respecte légalité des sexes, légalité tout court.
Il y a eu un autre événement cette année, cest la parution de deux livres majeurs, lucides et courageux :
Bas les voiles ! de Chadortt Djavann (46 pages à lire absolument), cette Iranienne qui écrit : « jai porté le voile pendant 10 ans ; cétait le voile ou la mort », et nous rappelle quimposer le voile à une mineure est une atteinte aux droits de lenfant et une mutilation psychologique au même titre que lexcision de millions de petites filles dans le monde est une mutilation physique ;
Et il y a votre livre, Madame Tribalat, La République et lislam, qui brise bien des tabous sur lislam de France. Vous nous aviez alerté sur le fait - reconnu par la commission Stasi à présent - que des groupes intégristes, minoritaires peut-être, mais en tout cas très prosélytes, sont à lœuvre pour tester la République et tenter dimposer, petit à petit, la charia (la loi islamique) en France, et que de nombreux leaders soi-disant modérés nen pensent pas moins.
Et vous avez eu le mérite de dire clairement que la question de la femme est bien LA question posée par lintégration de cette religion en France. On est quand même en droit de sinquiéter, quand la norme de la pudeur féminine devient la dissimulation totale du corps, par le hidjab et pourquoi pas le niqab ou la burqa (le voile intégral). Mesdames, si cétait ça la pudeur, nous serions toutes, ici ce soir, des impudiques !
Il faut rappeler aussi que dans la cinquantaine de pays arabo-musulmans membres de lOCI (Organisation de la Conférence Islamique), où lislam est religion dEtat, où lon ne reconnaît donc pas la laïcité et le respect des autres croyances, la charia continue dêtre appliquée, comme au Moyen-Age, depuis 1400 ans, opprimant et soumettant des millions de femmes à des versets et hadiths inhumains qui imposent : leur statut juridiquement inférieur et de mineure à vie, le droit de frapper sa femme (référence à la fameuse sourate 4 ; en France, quand un homme frappe sa femme, il est jugé et condamné) et de la répudier, la mise à mort par lapidation ou la flagellation pour adultère (les 100 coups de fouet de la sourate 24 dite de « La Lumière », très poétique...), la polygamie, linterdiction dépouser un non-musulman, sans parler du voile, qui en fait les tombes vivantes que nous voyons de Kaboul à Trappes...
Aussi en tant que citoyennes françaises, de toutes origines, ne serions-nous pas en droit de demander à cette nouvelle instance, le CFCM, censé représenter un islam modéré de France, de condamner tous les aspects de la charia qui bafouent les droits humains, qui méprisent les droits des femmes, et qui sont incompatibles avec notre Constitution.
Je rappelle que la charia a été officiellement condamnée par la cour européenne des droits de lHomme en 2001.
Et je citerai, pour conclure, un philosophe égyptien, Fouad Zakariya, qui dans son remarquable ouvrage Laïcité ou islamisme : les Arabes à lheure du choix (ed. La Découverte), défend la laïcité comme un idéal universel."
Décembre 2003