|
Fiche technique, 1972
Au début des années 70, produit de l'imagination anticonformiste de Jean Yanne, Radio Plus est une station qui veille à être toujours au plus près des tendances. Après avoir adopté diverses modes, Radio Plus s'engage dans un nouveau plan marketing : Jésus ! Dans les locaux de la radio comme sur les ondes, tout devient Jésus. Des publicités christianisées aux entretiens avec des curés, de l'habillement des hôtesses aux affiches placardées sur les murs, la radio dégouline de bondieuseries dont la finalité est l'audience et le fric. Pour Gerbert (Jean Yanne), le journaliste le plus indépendant de la radio, c'est l'occasion rêvée pour placer le milieu de la presse et de la radio face à sa propre vulgarité, et livrer un festival de blasphèmes. Entre les fausses pubs hilarantes concoctées sur le christianisme et les attaques contre la corruption et le pouvoir, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil n'a pas pris une ride, près de quarante ans après sa sortie. Avec un pouvoir subversif total servi par un cynisme imparable, personne n'est épargné : les journalistes auteurs de reportages bidons en Amérique Latine pour couvrir les révolutions, les guerilleros, les patrons de presse, les politiciens, la religion bien sûr, la publicité. Changer quelques noms et quelques situations suffisent pour passer de la France de Pompidou et Jésus à celle de Sarkozy, Jésus et Mahomet. Un film à voir, à revoir, avec une chanson à répéter en chœur à la messe (Alleluia) et l'excellent générique de fin sur la niaiserie du recours à Jésus face aux malheurs du monde.
L'irrévérence totale et le même rejet des modes politiques ont été la matrice d'autres films de Jean Yanne : Les Chinois à Paris (où les maoïstes français sont ridiculisés) et les excellents Deux heures moins le quart avant Jésus Christ et Liberté Égalité Choucroute. Yanne ayant cessé de faire grincer des dents depuis 2003, c'est vers des artistes comme les cinéastes Delepine et Kervern (Louise Michel, Mammuth), l'humoriste Didier Porte ou le dessinateur Siné, qu'il faut aujourd'hui tourner ses yeux et ses oreilles pour sentir la même insoumission, la même irrévérence envers l'ordre établi, le pouvoir politique, le patronat, la religion, etc., le cynisme en moins.
24 août 2010
|